Publié le :
Temps de lecture :
Un besoin se confirme et l’activité s’intensifie. Dès lors, la même question revient sur le tapis : faut-il recruter en interne ou plutôt sous-traiter et donc faire appel à un prestataire externe ? Cette décision engage l’entreprise pour plusieurs mois, voire plusieurs années. Pourtant, les dirigeants la tranchent souvent trop rapidement. Ils se contentent alors d’une comparaison erronée entre un salaire brut et un tarif journalier. Il est temps de changer de méthode. Voici comment raisonner avec les bons chiffres et une grille de décision concrète.
L’erreur la plus fréquente entre recruter et sous-traiter : comparer salaire brut et TJM
Beaucoup de dirigeants cèdent à un réflexe automatique. Ils prennent le salaire brut annuel d’un poste, le divisent par le nombre de jours travaillés, puis comparent ce chiffre au tarif journalier moyen (TJM) d’un freelance. Le résultat est presque toujours le même : le freelance semble coûter deux fois plus cher. Ce raccourci s’avère pourtant trompeur. En effet, le coût réel d’un salarié dépasse largement son salaire brut. Il faut y ajouter les charges patronales, les avantages obligatoires, les coûts annexes et l’absentéisme.
Le coût réel d’un salarié : ce que l’on oublie le plus souvent
Pour établir une comparaison juste, vous devez intégrer l’ensemble des postes suivants :
- Les charges patronales représentent en moyenne 42 % du salaire brut.
- L’absentéisme atteint 5,5 % du temps de travail selon l’INSEE. Cela équivaut à environ 12 jours par an payés mais non travaillés.
- Le recrutement lui-même génère des frais. En 2026, ce coût s’élève en moyenne à 4 500 € dans une TPE et à 6 500 € dans une PME pour un recrutement interne. Si vous faites appel à un cabinet, ce montant grimpe entre 15 % et 30 % du salaire annuel brut.
- Le matériel et les locaux ajoutent entre 3 000 et 8 000 € par an et par salarié, selon la zone géographique.
- Il faut aussi compter la formation obligatoire, les entretiens annuels et les avantages divers (mutuelle, tickets-restaurant, prévoyance).
- Enfin, le risque d’un recrutement raté pèse lourd. une erreur de recrutement peut coûter entre 30 000 et 50 000 € (selon le cabinet Hays). Ce montant cumule la sélection, la formation, la perte de productivité et la rupture du contrat.
Au global, le coût total d’un salarié peut atteindre 1,5 fois son salaire brut.
Le coût réel d’un freelance ou prestataire
À l’inverse, le TJM affiché par un freelance ne représente pas un coût « net » à comparer tel quel. Ce tarif inclut non seulement la prestation, mais aussi les charges sociales du freelance, sa gestion administrative et ses périodes non facturées (congés, formation, prospection). En moyenne, un TJM freelance se situe entre 300 et 800 €, voire plus pour des profils très spécialisés. Si vous passez par une plateforme de mise en relation, des frais de service s’ajoutent, généralement autour de 20 % du montant facturé.
L’avantage principal du freelance ne réside donc pas toujours dans le prix à la journée, mais bien dans la flexibilité. Vous ne le payez que lorsque vous avez besoin de lui. Vous pouvez ainsi démarrer ou arrêter la collaboration sans subir les contraintes d’un contrat de travail.
Au-delà du coût : la question stratégique à se poser
Avant même de comparer des chiffres, posez-vous une question claire : cette fonction contribue-t-elle directement à l’avantage concurrentiel de l’entreprise ?
En règle générale, la relation client et le cœur du métier ou du produit méritent d’être internalisés. En revanche, l’administratif, la comptabilité ou certains supports se prêtent naturellement à l’externalisation.
La grille de décision entre recruter et sous-traiter : 6 questions à se poser
Question 1 : Le besoin est-il ponctuel ou récurrent ?
Pour un besoin spécifique et limité dans le temps, un recrutement n’est pas toujours justifié.
Un freelance permet de répondre rapidement, sans engagement à long terme. À l’inverse, un besoin stable et continu sur plusieurs années penche plutôt en faveur d’un recrutement.
Question 2 : Avez-vous besoin d’une expertise rare ou pointue ?
Pour des domaines très spécialisés, l’embauche d’un expert s’avère coûteuse et complexe. Un freelance expérimenté apporte son savoir-faire immédiatement, sans nécessiter de formation.
Question 3 : Quelle est votre tolérance au délai de mise en œuvre ?
L’APEC estime le délai moyen entre la publication d’une offre et l’arrivée d’un collaborateur entre 30 et 60 jours.
Dans certains métiers en tension, ce délai peut dépasser trois mois.
Un freelance, en revanche, peut être mobilisé en quelques jours, voire moins de deux semaines via des plateformes spécialisées.
Question 4 : Voulez-vous tester le besoin avant de vous engager ?
Si vous hésitez à vous engager durablement, le freelance constitue une excellente solution de test.
Une fois la charge de travail stabilisée, vous pouvez alors envisager un recrutement en CDI en toute sérénité.
Question 5 : Votre budget recrutement est-il suffisant ?
Les TPE éprouvent souvent plus de difficultés à recruter une assistance qualifiée que les PME.
Leur budget dédié au recrutement est en effet plus restreint. Si le coût et le délai d’un recrutement pèsent trop lourd sur votre trésorerie, la sous-traitance limite votre exposition financière.
Question 6 : Le poste implique-t-il un lien de subordination réel ?
Il s’agit d’une question juridique, pas seulement stratégique. Nous la développons dans la section suivante.
Le risque juridique à ne jamais négliger : le travail dissimulé
Les dirigeants de petites structures sous-estiment souvent ce point. Une confusion entre contrat de travail et contrat de sous-traitance peut entraîner une requalification lors d’un contrôle de l’Urssaf ou de l’inspection du travail.
Prenons un exemple typique : vous embauchez un développeur en tant que prestataire. Vous lui imposez des horaires de bureau, vous le supervisez au quotidien comme un salarié, et il utilise vos outils internes sans aucune autonomie. Dans ce cas, les autorités peuvent déclarer qu’il s’agit en réalité d’un contrat de travail déguisé.
Les conséquences financières sont lourdes. Vous devrez rattraper les cotisations patronales sur plusieurs années, en plus des pénalités et intérêts de retard. Le coût final peut devenir exorbitant. Pour vous prémunir, le contrat de sous-traitance doit clarifier l’objet de la mission, le prix, les modalités de livraison, la propriété intellectuelle et les obligations de chaque partie. Surtout, le prestataire doit conserver une réelle autonomie dans l’organisation de son travail.
Tableau récapitulatif : recruter ou sous-traiter ?
| Critère | Plutôt recruter | Plutôt sous-traiter |
|---|---|---|
| Nature du besoin | Récurrent, durable | Ponctuel, projet limité dans le temps |
| Expertise requise | Cœur de métier, maîtrisable en interne | Très spécialisée ou rare |
| Délai disponible | Vous pouvez attendre 1 à 3 mois | Besoin de démarrer rapidement |
| Budget de trésorerie | Stable, capacité d’engagement long terme | Limité, besoin de flexibilité |
| Niveau de contrôle souhaité | Fort encadrement, lien hiérarchique nécessaire | Autonomie du prestataire possible |
| Stade du projet | Besoin confirmé et stabilisé | Phase de test avant engagement définitif |
Conclusion
En résumé, recruter ou sous-traiter ne se résume jamais à une question de prix affiché. Cette décision repose sur le coût réel total, la nature du besoin et le risque juridique. Avant de trancher, prenez le temps de calculer le coût complet d’un salarié (et pas seulement son salaire brut). Évaluez ensuite si la fonction concernée touche au cœur de votre activité. Enfin, vérifiez que la relation avec un prestataire respecte une véritable autonomie professionnelle. Cette combinaison de critères, bien plus que le seul calcul financier, vous permettra de prendre la bonne décision pour votre petite structure.
Et maintenant, à vous de jouer
Faites le point sur votre situation ou allez plus loin avec nos ressources complètes